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European Depression Day

La dépression: d’une logique de réparation et de guérison à une logique d’inspiration et de création

Peut-on encore continuer à penser la dépression comme une maladie dont on peut guérir (ou sortir) avec les bons médicaments ? Peut-on continuer à attribuer les traitements interminables et les hospitalisations sans succès au simple fait de ne pas encore avoir trouvé le bon médicament ? Peut-on croire que le nombre sans cesse croissant de personnes souffrant de dépression ou qui ne voient plus d’autre issue que de mettre fin à leurs jours, est dû à une maladie dans laquelle ils seraient tombés ou qui leur serait tombée dessus ?

L’idée d’une maladie à guérir était certainement tentante, mais le Dr Bakx pour sa part pense que, face à l’échec des traitements pharmacologiques, on a besoin d’un nouveau modèle pour penser cette forme de souffrance. Heidegger avait déjà compris qu’on ne pouvait pas comprendre l’homme avec la logique des choses. On pourrait élargir cette idée en disant qu’on ne peut pas non plus comprendre la psychè, l’âme de l’homme avec la logique du corps.

Un des premiers récits de la dépression, datant du VIIIe siècle avant notre ère mais qui peut toujours nous inspirer, est celui d’Ulysse sur l’île de la ravissante déesse Calypso, où il avait tout pour être heureux, mais où le pauvre pleurait quand-même chaque soir pendant sept ans en pensant à Ithaque et à Pénélope. Était-il tombé en dépression ? Selon les Grecs il ne pouvait simplement pas être heureux tant qu’il n’avait pas retrouvé sa propre place dans l’ordre cosmique. Pas de maladie donc, mais faute d’être à sa place. Et lorsque Calypso, après que Zeus lui avait ordonné de lâcher son amant captif, tente un dernier stratagème en proposant à Ulysse l’immortalité, c’est à dire la jeunesse et la vie éternelle, à condition qu’il reste avec elle, Ulysse refuse l’offre. En fait Calypso tente de le faire oublier sa vrai destination et le vrai sens de sa vie mais Ulysse refuse de devenir un dieu au lieu d’être un homme. Pour les Grecs, c’était ça la vraie sagesse : préférer une vie bonne de mortel à une vie médiocre d’immortel. Parce qu’il n’aurait plus été lui-même, parce qu’il n’aurait plus été à sa place parmi les siens.

Nous vivons une époque qui est fascinée par le plaisir et la consommation. C’est ça notre Calypso. Souvent on dit aux personnes en dépression qu’ils n’ont qu’à oublier leurs « idées noires » et qu’ils devraient plutôt apprendre à « se faire plaisir ». Mais si ces « idées noires » étaient précisément les bonnes questions existentielles pour donner un sens à la vie ? Ulysse donnait à ces questions une réponse éminemment philosophique : le choix de trouver un sens à la vie par la raison sans se fier à des dieux ou à une religion, même si cette religion se présente comme une science qui tente de nous sauver en nous faisant oublier notre condition d’être mortel. C’était précisément l’objectif de la philosophie que de réfléchir sur la vie bonne comme un art, c’est-à-dire comme une inspiration et une création, et non comme une science qui cherche l’explication, la certitude et la prédictibilité.

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